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Treujenn Gaol

De la CLARINETTE à la TREUJENN GAOL

15 Février 2006 , Rédigé par Yvonig Publié dans #Treujenn gaol

Instrument à vent à anche simple et à perce presque cylindrique, la clarinette a été inventée à la fin du XVIIe siècle par un luthier allemand, Johan Christopher Denner (1655 1707).
 
Améliorant le chalumeau, instrument répandu dans toute l'Europe, il en transforme le bec, donne à son extrémité la forme d'un pavillon et place deux clefs sur le corps supérieur, dont la "clef de douzième" caractéristique de la clarinette : située au dos de l'instrument, tout près du bec, elle permet, lorsqu'elle est ouverte, de monter toutes les notes de douze degrés. La facture de la clarinette ne cesse d'évoluer. Pour parfaire la justesse et augmenter le registre, elle possédera successivement 2, 6, 8, 13 clefs, jusqu'aux 24 clefs de l'instrument actuel, joué par les musiciens classiques, de jazz, ou d'harmonies. Mais un décalage important existera entre chaque date de création et sa période de commercialisation. En Bretagne, en 1900, on trouvait encore dans les magasins des clarinettes 6, 8, et surtout 13 clefs (cette dernière version était encore disponible vers 1940).
Photo : à gauche Clarinette 13 clés du type utilisé par les anciens sonneurs
à droite clarinette classique actuelle 24 clés
(Source : catalogue Selmer)
 
Les clarinettes adoptées par les sonneurs ne présentent pas de caractère spécifique et sont achetées dans le commerce (Chez Gaudu à Saint Brieuc, par exemple, qui appose sa marque sur celles qu'il vend), ou rachetées à des harmonies, voire héritées de famille.
 
En Trégor, les plus anciens modèles retrouvés sont en buis, à 6 clefs, en Do. C'est le cas, par exemple, de l'instrument du Trégorrois Pierre Bony, tisserand à Ploubezre vers 1870, Aux alentours de Vitré et de Fougères, les sonneurs affectionnent surtout les clarinettes en Mi bémol, plus petites.
Mais le type le plus couramment utilisé dans les campagnes, vers 1900, sera la clarinette "demi Boehm" à 13 clefs en Si bémol (tonalité imposée dans les harmonies militaires dès le Premier Empire), en ébène ou en buis, avec (ou sans) deux anneaux mobiles. Ce système à 13 clefs, inventé en 1812 par 1. Muller, ne s'imposera dans les orchestres qu'après 1850.
 
Peu de sonneurs utilisent la clarinette française actuelle, le système Boehm à vingt quatre clefs, qu'ils appellent "clarinette de musique" ou "clarinette jazz". Plusieurs raisons à cela : son coût plus élevé, mais aussi son inutile complexité, puisque sur le modèle plus simple, bon nombre de clefs ne leur servent pas. En outre, l'habitude de jouer avec un type précis d'instrument favorisera le maintien des "treize clefs". Les clarinettes modernes ne donnent pas la même gamme avec le doigté "progressif" adopté par les sonneurs lorsqu'ils jouent en Do. Celui ci, de plus, est analogue à celui du pif, pipeau sur lequel beaucoup ont fait leurs premières armes. Il donne sur les clarinettes à 6 ou 13 clefs une gamme à tempérament inégal, où les troisième, quatrième et septième degrés sont très légèrement plus aigus; le modèle moderne à 24 clefs qui, avec le même doigté, permet d'obtenir une gamme à tempérament égal, parait fade aux oreilles des sonneurs habitués à "leur gamme".
 
L' aménagement des instruments
Pour se rendre aux fêtes ou aux noces, à pied ou à vélo, le soner emballe sa treujenn gaol . dans une musette ou un "pochon", à défaut d'étui adéquat. Il en joue sous la pluie ou en plein soleil, ou encore dans des salles surchauffées. Bref, les instruments ont la vie dure.
En l'absence de luthier, les sonerien réparent, "bricolent" eux mêmes leur instrument. Ils remplacent les tampons usagés par du carton, du liège, des rustines, voire de la moquette. Ils bloquent les clefs dont ils ne se servent pas avec du liège, de la colle ou du ruban adhésif, ou les suppriment carrément. Parfois des élastiques servent de ressorts. Sur le modèle treize clefs avec anneaux mobiles, ils bloquent les anneaux en position fermée.
 
Malgré tous ces bricolages, il arrive que la clarinette ait des "fuites" (des émissions de son incontrôlées); pour l'éviter, les sonneurs prennent l'habitude, tant en basse qu'en haute Bretagne, de mouiller l'instrument en faisant couler de l'eau   et parfois aussi d'autres liquides par le pavillon, avant de commencer a jouer.
 
Très importants pour le jeu, l'anche et le bec sont soigneusement choisis par les sonneurs selon la dureté qui leur convient le mieux. Ils retaillent ou grattent leur anche, faite en roseau, si elle joue trop fort. Si l'inverse se produit, ils glissent un fil entre le bec et la base de l'anche pour écarter l'ouverture et lui redonner de la puissance. L' essentiel est d'avoir du son pour bien se faire entendre en plein air : peu importe les moyens employés !
Source : Collectif, "Musique Bretonne, Histoire des sonneurs de tradition " ed. Le Chasse-Marée/Armen, Douarnenez 1996.

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