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Treujenn Gaol

Treujenn Gaol : Mode et style de jeu

5 Avril 2006 , Rédigé par Yvonig Publié dans #Treujenn gaol

Mode de jeu
Les sonneurs de treujenn-gaol jouent le plus souvent en couple, selon des règles analogues à celles des chanteurs de kan ha diskan (Chant et déchant) de Haute-Cornouaille.
 
Mais les sonneurs de clarinette assouplissent beaucoup ce schéma ; le deuxième sonneur double souvent le premier assez tôt, reprend avec lui une phrase entière, apporte une ornementation...
 
Parfois, au contraire, certaines phrases sont coupées en deux parties, reprises par chaque sonneur. Chez les joueurs du Pays gallo (Mené), ces règles sont encore plus libres.
 
Il n'y a pas pour les sonneurs de règles strictes et l'interprétation reste très personnelle. Les transformations vont de la simple nuance due au style propre à chaque sonneur, à la variante établie par l'usage.
 
Seule ou en couple, accompagnée parfois d'un tambour, la clarinette sera de toutes les fêtes à partir de 1870.
 
La treujenn-gaol a également réussi à s'allier aux instruments déjà en usage dans le Trégor et le Centre-Bretagne, provoquant des formations originales : clarinette-biniou-tambour, clarinette-vielle, accordéon-clarinette...
 
De même, à l'est de l'Ille-et-Vilaine, jusqu'aux années 1910-1920, on trouve des duos tron' d'chou (clarinette)-violon, tron d'chou-accordéon, voire, aux alentours de la Guerche, des duos de clarinette.
 
En Haute-Bretagne toujours, entre les deux guerres se forment de petits orchestres comprenant, outre le violon et la clarinette, une « bouèze » (accordéon diatonique) et un « jâze ». Ils vont animer les bals de noce jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
 
Style de jeu
En Haute-Cornouaille et dans le Pays gallo voisin (de Corlay à Collinée), les sonneurs traditionnels en activité ont conservé des styles de jeu anciens et originaux, les ont transmis et les musiciens actuels les perpétuent. Par contre, en Pays de Fougères et de Vitré, ainsi qu'en Trégor, le style a dû être réinventé à partir de documents écrits, ou de celui des autres instruments pratiqués.
 
Les mélodies sont presque toujours diatoniques et les altérations ne sont que rarement employées.
 
Les gammes utilisées
Sur une clarinette treize clefs, les clefs utilisées sont celles donnant la sensible et la tonique, c'est-à-dire le si et le do (notes réelles : la et si bémol) et la clef de douzième.
 
Tous les sonneurs de tradition rencontrés jouent à l'aigu, la clef de douzième continuellement ouverte. Pour quelques rares airs, la première note se fait avec la clef de douzième fermée, le reste de la phrase est joué clef ouverte
 
Les sonneurs utilisent un doigté progressif (comme sur le pipeau), où l'on enlève les doigts un à un du plus bas au plus haut.
 
Sans aménagement, ce doigté donnerait un premier tétracorde : si bémol-do-ré-mi bécarre. En coinçant les deux anneaux et la clef du corps du bas (lorsque ces anneaux et clefs n'existent pas, la tierce est neutre « d'usine »), on obtient un mi intermédiaire entre le mi bécarre et le mi bémol. De même, le la et le si bémol aigus sont joués plus graves qu'au sein du système tempéré égal.
 
Cette échelle permet de jouer dans deux gammes :
- avec une tonique en si bémol, on obtient une gamme proche de celle du do majeur, mais avec une quarte haute (« demi-augmentée ») ;
- en utilisant le do comme tonique, on obtient une tierce, une sixte et une septième aiguës dites « neutres » ou « médianes » (mi demi-bémol = degré abaissé d'un quart de ton, la demi-bémol, si demi-bémol).
 
Effet d'un bienveillant hasard ou système modal spécifique, ces gammes sont très proches de celles utilisées par les chanteurs de la même région.
 
Ces gammes sont, avec le timbre spécifique de la treujenn-gaol, la marque de la musique des sonneurs du Centre-Bretagne, qui déclarent facilement qu'il leur est impossible de s'accorder avec la clarinette « jazz » moderne dont ils trouvent la gamme trop fade. En effet, la clarinette à 24 clefs ne donne pas la même gamme avec le doigté progressif.
 
Le rythme
Il est difficile de définir que les sonneurs se conforment à une rythmique binaire ou ternaire (de type 2/4 ou 12/8). Bien souvent, ils passent de l'un à l'autre au cours du même morceau.
 
Les ornementations
Elles font partie du style de chaque sonneur et il est bien rare que celui-ci sache expliquer sa technique personnelle. C'est l'oreille qui guide et l'inconscient qui transmet aux doigts et à la langue les mouvements voulus. Chaque sonneur trouve un équilibre dans son jeu : ce n'est pas la quantité des ornementations, mais leur à-propos qui fait la richesse et donne de l'efficacité pour faire danser.
 
On distingue des notes doublées, d'autres triplées appelées « triolets ». On exécute un « doublé » avec 2 coups de langue très rapprochés ou un coup de langue suivi d'un sauté de doigt. Pour faire le triplé, ce sont 3 coups de langue ou 2 séparés par un sauté de doigt…
 
On utilise aussi la note longue que l'on agrémente en la faisant monter à la note supérieure puis redescendre, de manière très coulée. 
 
Le Répertoire
L'expérience a amené les sonneurs à privilégier un certain nombre d'airs qui « vont bien » à la clarinette et qui, avec le temps, constituent un répertoire spécifique.
 
Il se compose principalement d'airs adaptés à chaque circonstance de la noce : airs pour quitter la maison des parents, airs de marche, annonce du repas, gavotte d'honneur, air des chevaux, soupe au lait…
 
On distingue 3 types d'airs : les marches, les mélodies et les danses :
 
Les marches étaient destinées à accompagner les déplacements des cortèges de noces à pied (de la noce au bourg ou pour mener le cortège à l'église, à la mairie…). D'un tempo très libre, elles laissent aux sonneurs une grande liberté d'expression. Le répertoire est important.
 
Les mélodies ou airs lents sont la plupart du temps des chansons liées au déroulement de la noce que les sonneurs reprennent et adaptent.
 
Les danses sont le répertoire le plus riche et le plus divers. On distingue :
- la gavotte répandue dans toute la Haute-Cornouaille : gavotte montagne, dañs fisel, kost er hoët ;
- la dañs plin en Pays Fañch et sud Trégor ;
- la dañs Treger et la dérobée à l'ouest et au sud du Trégor ;
- le rond, de Collinée à Corlay, connu sous le nom de rond de Loudéac ;
- l'avant-deux, le quadrille… dans une partie de la Haute-Bretagne.
 
Les clarinettistes complétaient souvent la suite de ces danses par des danses en couple (polka, parfois mazurka, scottisch…) qui, généralement, ont eu le temps de fixer la couleur locale.
 
Dans les années 1920, les couples vielle-bombarde ou vielle-clarinette du sud Trégor jouaient aussi les passepieds et les quadrilles.
 
Une partie du répertoire à danser a pour origine des airs chantés mais de nombreux airs sont spécifiques à l'instrument et semblent n'avoir jamais été chantés
 
Sources : librement inspiré du site musiques-bretagne.com

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