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Treujenn Gaol

Le saxophone arrive, la clarinette s’éclipse

22 Septembre 2006 , Rédigé par Yvonig

Pour démarrer une série d'articles sur le Saxophone et la clarinette :

Le saxophone fut inventé vers 1840 à Bruxelles par Adolphe Sax, qui lui donna son nom. Sax s’installa à Paris en 1842 et y fit entendre le saxophone pour la première fois en public les 3 février et 1er décembre 1844. Il ne prit néanmoins son brevet qu’en 1846. L’originalité de l’invention fut immédiatement contestée par les facteurs parisiens, qui se coalisèrent contre lui, et la validité du brevet fut remise en cause. Bien que les « antécédents » invoqués se fussent révélés faux, il s’ensuivit une interminable chaîne de procès qui ruinèrent tour à tour Sax et ses adversaires. Admis dans les musiques militaires en 1845, rejeté de celles-ci en 1848, le saxophone y fut définitivement réintégré en 1854. À la suppression du Gymnase musical militaire, où il était enseigné depuis 1847, la classe de saxophone fut confiée, en tant que classe annexe, au Conservatoire de Paris, avec Sax pour professeur. Malgré le succès de cette classe et à la suite de la défaite de 1870, qui privait Sax de ses hautes protections, la classe fut irrémédiablement supprimée. Elle ne fut rétablie qu’en 1942, par CI. Delvincourt. On parla beaucoup du saxophone entre 1846 et 1867, en raison des vives polémiques que déclenchèrent les procès, mais aussi grâce à maintes apparitions de l’instrument en public. […] Nombreux sont les compositeurs qui l’emploient aujourd’hui. Sur la commande d’une Américaine, Miss Elisa Hall, diverses œuvres furent écrites pour saxophone et orchestre, fondant ainsi les bases d’un répertoire de soliste. Le jazz, qui apparut à la fin du XIXe siècle, ne fit appel au saxophone que vers 1916. On croit cependant, à tort, que c’est le jazz qui l’a révélé. Le jazz a sans doute contribué à l’expansion commerciale et à la popularisation de l’instrument (voire à une certaine stimulation), mais il a fait peser sur lui un très lourd discrédit auprès des mélomanes. C’est à Marcel Mule que revient le mérite de la création d’une école classique française du saxophone, dont les bases reposent sur la noblesse et l’expressivité du son et la rigueur du style. C’est à lui qu’a été confiée la classe de saxophone du Conservatoire de Paris en 1942 et c’est à l’enseignement qu’il y a dispensé jusqu’en 1967 que sont redevables directement ou indirectement les saxophonistes actuels, français ou étrangers.

G. Gourdet

« Science de la musique »

Bordas / 1976

 
Au premier temps du jazz, la clarinette est la « deuxième soliste » après la trompette souveraine.

Derrière Joe Oliver, on trouve Johnny Doods, derrière Bunk Johnson, Alphonso Picou, derrière Freddie Keppard, Jimmie Noone… Dans les grandes formations, Barney Bigard, Buster Bailey, Omer Simeon se taillent la part du lion des solos et des arrangements.

  

Au fil des ans, elle va perdre de sa superbe au profit d’un saxophone de plus en plus envahissant.

Au cœur du Big Band, elle conservera sa place dans le rang, mais la part du soliste va rétrécir comme peau de chagrin. Si la clarinette est toujours présente dans les ensembles Dixieland qui vont fleurir après 1940, elle va quasiment disparaître de la scène des petits ensembles modernes.

Le be-bop l’ignore. Lester Young délaissera exceptionnellement son saxophone ténor pour en graver quelques plages rarissimes et sublimes. De rares originaux comme Jimmy Giuffre vont en faire leurs instruments de prédilection. Les saxophonistes, c’est un comble, l’adopteront souvent en deuxième instrument pour varier les couleurs orchestrales, en concurrence avec la flûte.

Elle va rejoindre le purgatoire des « instruments divers » au côté des tubas, fifres, cors d’harmonie et autres harpes.

En France, il aura fallu attendre le clarinettiste classique Michel Portal pour la réhabiliter sur la scène des musiques improvisées, au côté, il faut le remarquer, de curiosités comme le manzello, le taragot ou le zoukra. 

Les trompettistes ne connaîtront pas cette disgrâce. Aujourd’hui, des jazzmen de renom comme Kenny Wheeler ou Winton Marsalis tiennent toujours la dragée haute et le haut du pavé.

Mais le trompettiste est devenu une bête rare. Il suffit d’observer l’effectif de la majorité des formations actuelles pour s’en persuader : les embouchures n’ont plus le vent en poupe. La majorité des groupes de jazz n’ont pas de trompettiste (c’eut été impensable soixante-dix ans plus tôt !), et si l’on en rencontre, ou un malheureux tromboniste, il est souvent noyé dans une pléthore de saxophonistes.

Depuis plusieurs années, une formation « à géométrie variable »: Urban Sax, peut réunir, en France et suivant les opportunités, un plateau de plus de trente saxophonistes de tout acabit. Oserait-on encore envisager un effectif de trompettistes de cette ampleur ?

La technique instrumentale de la trompette est ardue, c’est incontestable. Et n’importe qui s’est amusé à souffler un jour ou l’autre dans un saxophone saura faire la différence : l’anche est bien moins ingrate que l’embouchure. Aux premiers temps de l’apprentissage, tout au moins, car celui qui veut atteindre les sommets ne peut se satisfaire de semblables considérations. Personne n’osera prétendre que le saxophone de John Coltrane ou de Charlie Parker se nourrisse de complaisances.

Pourtant la technique de la clarinette n’est pas fondamentalement différente de celle du saxophone, ni plus inaccessible.

Le statut privilégié du saxophoniste n’est donc pas dû — seulement — à des considérations techniques.

A suivre...

Source : inspiré de http://emmflor.club.fr/jazz/index.html


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