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Treujenn Gaol

YVES MENEZ ou LA GAVOTTE QUI SWINGUE

12 Juillet 2007 , Rédigé par Yvonig

Une bonne surprise sur Yves Menez, le maître de la Gavotte Swing
Je vous invite à visiter un site qui lui est entièrement consacré, avec de très belles photos.

http://www.myspace.com/yvesmenez

 

Extrait du site :

« ::: YVES MENEZ ou LA GAVOTTE QUI SWINGUE ::: Comme nous le rappelle Yves Defrance , "les danses populaires avec leurs multiples variantes rythmiques et accentuelles apportent une matière inépuisable à de fécondes élaborations thématiques". Le plus bel exemple d’imprégnation et de création est celui de l’accordéoniste breton Yves Menez, dit "Pier Min", de Scrignac. Si on associe, dès le milieu des années 20, l’accordéon au jazz, c’est certainement pour trouver une appellation rapide et moderne à ce bouleversement de l’habitus sonore en Bretagne. Cela est dû aussi à la confusion entre le mot jâse (ancêtre de la batterie) et la musique de jazz elle-même. Car ce n’est qu’à partir des années 30 que l’accordéon va se tourner vers le jazz. En France, c’est Gus Viseur (1915-1974) qui sera le porte drapeau d’une équipe qui élargira son répertoire musette aux dimensions des rythmes, des mélodies et des harmonies venues d’Amérique. En Bretagne, on peut réellement parler d’un Gus Viseur breton quand on fait référence à la veine mélodique de l’accordéoniste Yves Menez. Yves Menez a le génie de créer et d’adapter des airs de gavottes en intégrant dans un ambitus plus large, des chromatismes, des modulations, des emprunts aux tons voisins, des rythmes syncopés. Quelque soit la reprise des standards de tradition populaire ou l’interprétation de ses propres compositions, Menez affirme un sens mélodique et un tempérament peu communs.

 

En 1935, alors âgé de trente ans, Menez rentre de Paname après y avoir vécu près de dix années. Avec qui a-t'il joué dans les bals parisiens ? à quels endroits et à quelles occasions ? A-t'il écouté Gus Viseur aux côtés de son pote Jean Vaissade à la salle de bal Le Canari ? A-t'il été guincher dans les guinguettes des bords de Marne à Joinville ou Nogent ? Il y a peu de chance qu’il y soit allé pour danser car les musiciens détestent danser mais sûrement pour glaner quelles idées musicales. A-t’il entendu Emile Vacher à Montreuil, chez la Mère Delpech, l’auvergnate que fréquentaient la célèbre bande à Manda et la belle Casque d’Or immortalisée à l’écran par Simone Signoret dans le film de Jacques Becker ? On ne le saura sans doute jamais. Ce que l’on sait, c’est que Menez dépense toutes ses économies pour prendre des cours d’accordéon pendant une bonne partie de son séjour parisien. Mais avec qui prend-il ces cours ? Emile Prud’Homme, Médard Ferrero ? On peut juste supposer que des cours d’accordéon pris dans ces années-là, doivent être à la pointe du musette swing de cette grande époque !

 

Dès le retour en Bretagne, Madame Menez, son épouse, ouvre un salon de coiffure à Scrignac, pendant que son musicien de mari tient le bistrot et surtout l'accordéon. Très vite, il propage sa nouvelle musique syncopée en la mariant au répertoire de la gavotte. Il sollicite des musiciens de talents, aux Équipages de la Flotte à Brest entre autres, et crée son orchestre L'Idéal Jazz. Enorme succès ! L'Idéal Jazz électrise les foules et devient la coqueluche de tous les joyeux endroits. Très vite la gavotte qui swingue fait fureur auprès des jeunes. Avec la désinvolture des vrais artistes, il marie en toute liberté « la gavotte, le jazz et la java ». Toute la Bretagne des terres danse aux rythmes syncopés de son génial Idéal Jazz car le jazz-band breton est maintenant motorisé ; ce qui est chose rare pour l’époque –, et ce qui multiplie considérablement le nombre de contrats.

 

Certains musiciens comme Roger Floch ou Jean Coatéval, s'inspireront très fortement du Maître. Fasciné par "L'impossible Monsieur Min" (titre d'un des morceaux-hommages joués par le duo KOF A KOF), ils joueront l'essentiel de son répertoire. « C’était une vedette, un caïd, un cador… c’était notre idole ! » , s’exclame son disciple Jean Coateval . « Tout a rae ’neho , met war ar gavotenn oa ar gwellañ hini m’eus bet anveet… ».

 DE L'ENTRAIN A FOISON

La Seconde Guerre mondiale s’annonce, la débâcle, l’Occupation. Beaucoup d’établissements plubics sont fermés . Où jouer ? Menez et bien d’autres n’auront guère à se poser la question car ils sont réquisitionnés. Malgré les interdictions, on n’a jamais autant dansé dans les bals clandestins au son du saxo, de la boîte à frissons et du jâse. A leur manière, des musiciens comme Yves Menez, Yves Le Gac, Paul Le Floch et bien d'autres débordant de talent et d’humour permettent aux braves gens d’oublier le désordre qui les entoure, ne serait-ce qu’un moment. « À l’époque, les tickets de rationnement, qu’il s’agisse de vêtements, de nourriture, de carburant ou de musique, alimentaient un marché noir animé et profitable » nous confie Jacky Rico, accordéoniste de Vannes.

 Jo Jégado, accordéoniste de Stival, relate qu'il joue presque tous les jours dans les bals clandestins sauf quand les gendarmes lui confisquent son piano à bretelles. Comme lui, Paul Le Floch, de Scrignac, aime raconter avoir fait danser les maquisards au son de la boîte à boutons. Pour l'anecdote, Jo Jégado nous confie avoir cacher des pistolets dans le soufflet de son accordéon : « On passa sur notre tandem au nez des Allemands avec mon copain saxophoniste Robert Aubry, l'accordéon sur le porte-bagages. Deux Boches nous arrêtèrent. Vingt minutes de discussion Allemand-Breton-Français et une fillette d'eau-de-vie en cadeau suffirent pour qu'ils nous chantent une valse de Vienne en s'exclamant musik, musik ! sehr gut, sehr gut ! en tapotant sur l’accordéon ; et on continua gentiment notre périple ».

 

Un autre music-hall breton est joué dans les garnisons. En effet, on retrouve Job Le Guennec, sonneur de bombarde et joyeux tenancier de La Gaieté Bretonne à Paris, sur les champs de bataille « pour soutenir le moral des troupes », à sonner biniou-bombarde avec son jeune compère Robert Favennec. Leur petite prestation de music-hall breton fera office de première partie du spectacle comique du talentueux Françis Blanche. Pendant plus d’un mois, ils seront tous les trois, trimbalés de campement en campement. Lors de chaque voyage, ils auront les yeux bandés pour secret militaire.

La Libération : ruines, disette, déportation, deuil, viennent se mêler aux rires et aux divertissements. Les guinguettes et mariages se multiplient ; les besogneux du dépliant et leur acolyte soufflant ne cessent de "cachetonner". Très vite et partout, des jazz-bands, bons ou mauvais, en tout cas bruyants, avec de l’entrain à foison, se créent. « Un chromatique, un saxo, un jâse, de la jovialité, des guirlandes, des lampions et quelques bonnes blagues suffisent pour (re)-démarrer » raconte l'accordéoniste Alexis Jouannic.

 APRES L'APOGEE…

À la fin des années 40, on range la "pissotière" en fer blanc (porte-voix du chanteur) et apparaissent les premières sonorisations de l'incontournable marque Bouillé. Le microphone utilisé déjà avant guerre dans les villes, amplifie les subtiles nuances de la voix humaine puis des instruments. L’orchestre Larifflette d’Auray va jusqu’à peindre sur la peau de son jâse "BALS & NOCES AVEC MICRO" pour montrer qu’il est bel et bien à la page. La presse des années 50-60 célèbre l’accordéon et le music-hall breton (devenu folklore breton) entraîné par des Lili Guillou ou Théo Le Maguet au moment où les plus grands orchestres doivent résister à la pression économique et à la faveur grandissante du "nouveau jeune public" pour le rock and roll. L’époque bénie de nos "instruments rois du music-hall breton" boest an diaoul hag bazh arc’hant [boîte du diable (accordéon) et bâton d’argent (saxophone)] allait être éphémère. On allait les remettre pour un temps dans leur étui, leur laissant prendre leur souffle. Deux ou trois kermesse paroissiales et quelques noces paysannes leur ménageaient encore l’hospitalité, mais leur rengaine et leurs danses kof a kof s’étaient fanées.

 
Si Zon Budès de Maël-Carhaix mène son orchestre Les Papillons bleus sans interruption de 1951 à 1978 ; si l'accordéoniste-clarinettiste-batteur Lucien Riou de Rostrenen raconte fièrement qu'il aurait pu tapisser une pièce entière de sa maison, s'il avait collectionné toutes les photos des noces qu'il a animées ; si Yves Richard reste impressionné jusqu’à la fin de sa vie par les 365 bals qu’il fit dans l’année 1945, la fin de la Seconde Guerre mondiale marque l’heure de la reconstruction et des restrictions. Les bals du samedi soir vivent chichement leurs dernières années. Pour ressusciter les belles heures des jazz-bands bretons d’avant 1939, plusieurs chefs d’orchestres tentent animer leur propre café - salle de repas de noces. Mais souvent les talents de gestionnaire sont médiocres, surtout que leur goût pour la divine bouteille s’est quelquefois accru. Le succès n’est plus au rendez-vous et les jazz-bands bretons sont vite oubliés par la nouvelle mode de la musique bretonne qui se veut celtique. Du fait, les harmonies et fanfares de villages sont amenées également à fermer boutique. En 1950, Marcel Lambert, maire de Pontivy, se méprend par de faibles explications devant la mise en sommeil de la Musique municipale, déclarant que "les distractions faciles détournent la jeunesse des activités difficiles". À la même période, à Pontivy, la Kerlenn Pondi naît pour devenir l’un des groupes phares du genre.

Mais, ni groupes folkloriques, ni cercles celtiques, ni bagadoù n’intègrent dans le grand mouvement des années 50-60-70 les instruments des jazz-bands bretons. L’accordéon chromatique ou le saxophone n’ont pas (à leurs yeux) le caractère breton, voire "celtique" tant recherché. On décide d’oublier l’ancienneté de l’accordéon en Bretagne. Mieux encore, on considère une autre histoire pour la bombarde qui nous vient des Croisades. On oublie que les nombreuses cornemuses d’Europe dont le biniou fait partie, se sont implantées lors conquêtes romaines. Mais le courant de l’histoire néanmoins va trop vite et on lit dans l’Encyclopédie Larousse de l'année 1960 que : " Le biniou a disparu un peu avant 1939 et est remplacé par des bagpipes écossais". La celtomanie d’une part, les Bealtes et yé-yé français aux noms anglo-saxons, d'autre part, font oublier définitivement les Richard-Coïc, Jouannic, ou Le grand Yves Menez.

Roland BECKER »

 Sources :  Rolland Becker (autre maître du Swing breton) qui organise des conférences sur le thème et prépare un nouvel album pour 2007 (voir extraits sur http://www.myspace.com/rolandbecker

 

Voir également :

http://www.rolandbecker.com/

 

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