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Treujenn Gaol

La fabrication de la clarinette

5 Octobre 2005 , Rédigé par Yvonig Publié dans #L'instrument

Fabrication de la clarinette
Le bois, matière première
  • Le Roseau : Si nous remontons jusqu'à l'Arghoul égyptien de l'antiquité, l'un des ancêtres de la clarinette, nous constatons que le corps de l'instrument était en roseau. Il en va de même pour le chalumeau français du Moyen-Age.
  • Le buis : Compte tenu de sa fragilité, le roseau est remplacé par le buis. Les premières clarinettes (fin du XVIIème siècle et début du XVIIIème siècle) furent dès lors construites en buis.
  • Autres bois, autres matériaux : Petit à petit, des essais furent réalisés avec d'autres varétés de bois : poirier, cerisier, palissandre, grenadier et avec d'autres matériaux : le cristal, l'ivoire. Ainsi, en 1830, Charles-Joseph SAX avait construit une série de clarinettes en bois de grenadille.
  • Ebène : Vers 1860, on commence à fabriquer les clarinettes en ébène, bois qui sera très rapidement employé universellement. Des clarinettes ont également été construites en cuivre, en maillechort, en ébonite, en plastique. Les américains ont même essayé de fabriquer des clarinettes avec du papier comprimé.
L'ébène (nom féminin) est le bois de l'ébénier, nom vulgaire donné au Diospyros ebenum, de la famille des ébénacées. C'est un bois dur dont la densité varie selon l'espèce et la provenance, entre 1,15 et 2,240.
L'ébène provient de l'Afrique, de l'Inde et du Japon.
Quelques espèces :
  • ébénier épineux : sorte de palmier
  • ébénier d'orient : sorte d'acacia (dit aussi bois de Malabar)
  • faux ébénier : autre nom du cytise qui est un bel arbre à fleurs jaunes en grappes.
Abusivement, on appelle ébène rouge le bois de grenadille et ébène vert celui du Lignoma Leucoxylon
L'espèce généralement utilisée pour fabriquer les clarinettes actuelles provient de l'Est africain et plus particulièrement de Tanzanie. Certains fabriquants s'approvisionnent également au Mozambique, au Tanganyika et au Gabon. (La firme BUFFET-CRAMPON utilise le Dalbergia mélanoxylon, vieux bois précieux de Tanzanie, car ses caractéristiques : dureté, densité, grain très fin, le rendent très stable et lui donnent l'avantage de se fendre difficilement.
Sa couleur peut être noir, noirâtre, violacée, voire brune. Son grain est très fin et son odeur presque nulle. Mais pour des raisons commerciales, jusqu'il y a peu de temps, le corps des clarinettes à toujours été noirci, car le mythe existe. Pour beaucoup de clarinettistes, plus une clarinette ets noire, plus l'instrument est bon. Actuellement, beaucoup de musiciens recherchent des bois moins noircis, pour la beauté du grain. Toutefois, un bois non teinté est un bois naturel qu'il est impossible de passer à l'huile et qui doit être poli presque sans aucun produit de polissage et qui devient peut-être encore plus sensible aux variations de temps et à l'action de la salive. De plus, il est plus difficile au fabricant d'appareiller deux bois semblables corps du haut, corps du bas, en bois naturel.Partout dans le monde, on dit que l'ébène est noire. Il est vrai que les touches de piano, que certaines marquetteries de même que les meubles du XVIIIème siècle étaient fabriqués avec une ébène très noire.
Il y a peu de temps, la firme SELMER a fabriqué quelques clarinettes dont le bois n'était pas teinté et depuis peu, la Maison BUFFET-CRAMPON babrique une nouvelle série baptisée "Prestige" dont le bois du corps garde sa couleur naturelle. Il s'agit d'une clarinette de facture partiellement artisanale. Le choix du bois est très difficile à effectuer car l'aspect extérieur joue, dans ce cas, un rôle esthétique important. Pour les clarinettistes dont le bois est teinté, l'aspect extérieur n'est pas aussi important, sauf s'il présente de gros défauts. Par contre, les défauts présents à l'intérieur du bois obligent l'ouvrier à éliminer d'office la pièce
L'exploitation
L'exploitation de l'ébène africaine devient de plus en plus malaisée à cause de sa grande consommation. Aussi est-elle recherchée, vu sa rareté, dans des régions de plus en plus éloignées des centres, parfois difficielement accessibles et dont le terrain est quelquefois marécageux.
Notons qu'il est difficile de pourvoir au reboisement des forêts d'ébéniers (il ne s'agit pas de plantations) car l'arbre utilisé pour la fabrication des clarinettes doit avoir plus de cent ans d'âge !
Les exploitations africaines se sont doublées de scieries. Après débitage du tronc en "grumes", un premier choix est effectué sur place. Les grumes sont à leur tour sciées sur place en parallélipipèdes rectangles appelés "carrelets" et mesurant :
·        37 x 37 x 275 mm : destinés aux corps inférieurs des clarinettes
·        37 x 37 x 245 mm : destinés aux corps supérieurs des clarinettes
·        37 x 37 x 70 mm : destinés aux barils
Quant aux pavillons, ils sont tournés dans des blocs en forme de pyramides tronquées mesurant :
·        40 x 40 mm de hauteur
·        85 x 85 mm en bas
·        120 mm de hauteur.
Pour la firme SCHREIBER de Mannheim, R.F.A., le bois est découpé en grumes pour le transport. Le découpage en carrelets est effectué à la scierie voisine de la fabrique de clarinettes.
Malgré les inconvénients signalés ci-dessus, il reste avantageux d'utiliser ce bois, car, grâce à sa dureté et à ses fibres serrées et fines, on obtiendra un poli très beau pour la perce et de ce fait, une quasi imperméabilité. Il faut toutefois être très prudent, en particulier avec un instrument neuf.
En ce qui concerne les essais de fabriquer des clarinettes à l'aide d'autres matériaux, notons que le métal, malgré une grande précision de fabrication, malgré ses qualités indéniables, a été assez rapidement abandonné. Les clarinettistes estiment que non seulement le "touché" en est tellement différent, mais que subjectivement en tout cas, la sonorité n'a pas les mêmes qualités.
D'après une expérience d'Adolphe SAX, facteur belge établi à Paris et datant de 1846 qui démontre que la nature des parois, pour autant que le matériau utilisé ne soit pas poreux, est sans effet sur la formation du tilbre (Catalogue descriptif et analytique de V.Ch. MAHILLON). Jean SELMER n'est pas d'accord avec l'expérience de SAX sur la nature des parois. Suivant les matériaux employés, la qualité du bois, la nature du bois, le métal et son épaisseur ainsi que son état jouent sur l'émission et sur la composition du son (résultat sonore) en harmoniques.
Remarquons que si l'on compare deux clarinettes fabriquées en même temps, selon les mêmes normes (c'est à dire au 100ème de mm), elles sonnent déjà différemment. Pourquoi ?
La parole est aux acousticiens qui, grâce aux appareils perfectionnés (notamment le sonographe), pourraient peut-être répondre à cette question.
Le palissandre est le bois utilisé pour la fabrication des bassons, mais il ne convient guère pour les clarinettes. Il est aisé d'imaginer que l'usinage d'une clarinette diffère fortement de celui d'un basson.
Le basson est fabriqué en palissandre parce qu'il lui donne, d'après certains interprètes, une sonorité plus typique. Le palissandre est nettement moins lourd que l'ébène (par exemple, sur les planches de l'Encyclopédie de DIDEROT et d'ALEMBERT, on voit un bassoniste du XVIIIème ayant comme système de support pour son basson, un petit cordon attaché à un bouton de son veston).
D'après certains fabriquants, il est fréquent que des éclats se produisent lors de la confection d'une clarinette en palissandre et de plus, certains carrelets, lorsqu'ils sont forés, ont tendance à présenter une sorte d'écoulement.
Le plastique sert à certaines firmes pour fabriquer des clarinettes dites "d'étude". La Maison SCHREIBER en fabrique en "luraton" (matériau synthétique assimilable à l'A.B.S.). Toutefois, si les matières ont d'indéniables qualités, quant à leur aspect et leur justesse, elles manquent de stabilité dans le temps et ne peuvent, dès lors, jouir de la faveur des artistes.
Pour prolonger la vie des clarinettes, des essais de plastification de l'intérieur du tube ont été réalisés afin d'éviter l'usure de la perce et de ce fait, l'agrandissement des pores. Mais le résultat a été désastreux, car le bois dans ces conditions ne pouvait plus "respirer".
En conclusion, le bois, matériau noble, n'a pu être remplacé jusqu'ici, du moins pour l'instrument de choix et en particulier, pour l'instrument professionnel. Cependant, malgré sa dureté et sa solidité, malgré un usinage relativement facile et une grande stabilité dans le temps, il n'en reste pas moins fragile aux changements de climat (en particulier au degré hygrométrique). C'est pourquoi de grandes précautions seront prises avant de le travailler. Les carrelets sont paraffinés pour le voyage. Arrivés chez le fabricant, ils sont dégrossis et entreposés pendant deux ans à l'abri de la pluie.
Les différents stades de la fabrication
·        Première perce :
Les bois sont placés sur des tours à grande vitesse pour un premier "cylindrage" et le perçage de l'ébauche. Cette opération facilite le séchage des pièces qui sont alors rangées dans des casiers. Ce séchage à l'air libre, sans chauffage ni conditionnement quelconque dure jusqu'à cinq ans. Si les bois sont conservés dans un local vitré, les carreaux sont peints d'une couleur violette pour éviter les effets néfastes du soleil. Après cette longue période indispensable à la stabilité des futures instruments, les corps sont façonnés en vue de la fabrication proprement dite.
·                                 Perce de rectification :
L'alésage intérieur est agrandi avec des outils toujours bien affûtés afin d'éviter les éclatements. Ils ne sont pas encore agrandis au calibre définitif car en séchant, le bois travaille encore. Il est plongé dans un bain d'huile afin de rendre les fibres plus imperméables. Ce qui explique le pourcentage extrêmement faible d'instruments fendus (moins de 2% pour presque tous les fabricants, et BUFFET-CRAMPON prétend être à moins de 1%).
De cette perce à la perce finale, il y a encore quinze opérations de perçage (sans compter les opérations de huilage et de polissage). Les corps sont teintés (avant de passer au "pointage" ou perçage des trous qui correspondent aux notes).
·                                 Epaulements - Bosses - Cheminées :
Les corps des clarinettes travaillés et reposés sont repris pour procéder à la préparation des "épaulements". Ceux-ci permettent de confectionner les "bosses" qui deviendront ensuite les "cheminées" qui sont des trous à anneaux mobiles qui seront eux-mêmes évidés pour recevoir les anneaux métalliques dans une rainure métallique et qui épouseront exactement leur forme. Pour les clarinettes en plastique, les cheminées sont soudées selon un procédé utilisant les ultra-sons.
·                                 Emboîtures et tenons :
Les pièces sont passées sur un autre tour qui permet de former les emboîtures et les tenons.
·                                 Lièges :
Le liège utilisé pour les tenons, les clés et les correspondances est le même. Il provient du chêne-liège des Maures (petites montagnes ou massif de la région de Cogolin dans le Var).
La colle blanche industrielle est utilisée pour coller le liège sur le bois. Pour coller le liège sur le métal, de même que pour coller les tampons, on utilise la gomme laque, de fabrication maison.
Le liège est découpé en lamelles et mis à longueur. Les extrémités de chaque lamelle sont biseautées en sens inverse. Ensuite, le liège est collé et maintenu en place à l'aide de crampons afin qu'il adhère parfaitement.
Le temps de séchage est de vingt-quatre heures.
La finition est effectuée à la meule.
·                                 Pointage :
Le pointage est effectué sur un tour de précision équipé d'un cylindre reproducteur qui permet de situer au 100ème de mm, l'emplacement des nombreux trous (trous de notes, vis, boules, etc...).
Le corps est maintenant prêt pour passer sur la machine qui va percer tous les trous latéraux. Toutes les encoches nécessaires sont pratiquées.
·                                 Taraudage :
Tous les petits trous devant recevoir les vis sont taraudés.
·                                 Boulage :
On pose alors les boules (ou pivots des tringles).
C'est ici qu'intervient la mise en forme du tube sonore avec des "perces" minutieusement calibrées selon des cotes qui, par elles-mêmes, représentent un important secret de fabrication. Après la finition, les dimensions de la perce seront contrôlées au micron près.
En effet, chaque firme à ses "secrets". Il n'y a qu'un seul membre de la maîtrise qui effectuera les dernières opérations de perce qui, avec le fraisage intérieur des trous de notes sont des opérations dont dépendent l'homogénéité, la justesse et la qualité du quintoiement.
Ce quintoiement est un problème complexe dû au fait que la perce de la clarinette est cylindrique mais avec deux cônes inversés. Si des rectifications sont à apporter lorsque l'instrument est terminé, c'est à la perce et au fraisage que celles-ci sont effectuées.
·                                 Préparation du pavillon :
·                                 Centrage
·                                 Dégrossissage (pré-emboîture)
·                                 Emplacement pour le cercle métallique
·                                 2vasement intérieur
·                                 2vasement extérieur
·                                 Le cercle ou bague est soudé et poli
·                                 Mise en place du cercle sur la partie évasée du pavillon. Ce cercle sert de protection à cette partie de la clarinette
qui est très exposée aux chocs.
  • Ce dernier travail mécanique est très difficile à réussir car il oppose deux résistances : celle du métal et celle du bois.
Il est étonnant de constater que les pavillons, bien que usinés mécaniquement au tour selon les méthodes les plus précises pour le tournage du bois, donnent tous un résultat différent à l'audition et à l'émission.
Le jumelage entre le pavillon et le corps de l'instrument joue un rôle important tant pour l'émission que pour l'homogénéité sonore et même pour la justesse de certaines notes. Il est nécessaire, malgré la grande précision apportée à la fabrication, de choisir le pavillon qui donne le meilleur réusultat. C'est l'un des multiples problèmes auxquels l'essayeur doit attacher la plus grande importance (de même pour le baril qui sera choisi avec soin).
·        Parties métalliques :
·                                 Découpage effectué avec une machine dont la force de pression correspond à 45 tonnes. Quand les clés sont découpées, elles sont matricées ou estampées sous une autre machine d'une pression de 35 tonnes. Les anneaux sont découpés, matricés et décolletés de la même manière
·                                 Façonnage des ronds
·                                 Les différentes parties sont soudées à l'argent. Au total, 69 soudures.
·                                 Chanfreinage
·                                 Biseautage des tiges
·                                 Limage
·                                 Montage et ajustage
·                                 Polissage
·                                 Assemblage des clés :
Au total, cent trente-cinq pièces. Le montage nécessite quelque deux cents opérations mécaniques.
·                                 Bains :
Avant de passer au nickelage ou à l'argenture des clés, il reste quelques opérations :
·                                 Les pièces sont accrochées sur un support plastifié (afin que le nicker ou l'argent n'adhère pas)
·                                 Dégraissage par "ultra-sons"
·                                 Dégraissage électrolytique - rinçage
·                                 Dégraissage - cuivrage - rinçage
·                                 Neutralisation - rinçage (seulement pour le nickelage)
·                                 Film de mercure - rinçage (uniquement pour l'argenture)
·                                 Le cadre est alors plongé dans le bain
Durée du bain pour le nickelage : environ 15 minutes.
Durée du bain pour l'argenture : environ 30 minutes. (pour argenter toutes les parties métalliques de la clarinette, il faut environ 18 gr. d'argent.
Après le bain, toutes les pièces métalliques sont passées à l'eau, ensuite à l'eau distillée chaude et pour terminer, elles sont placées dans une armoire chauffante.
En ce qui concerne le système de BOEHM, l'alliage utilisé pour confectionner les clés est le maillechort (alliage de cuivre, nickel et zinc). Maillechort vient de la première syllabe du nom des deux ouvriers, MAILLOT et CHORIER qui inventèrent l'alliage.
Les allemands se servent généralement d'un alliage beaucoup plus dur pour fabriquer leurs clés. En fait, chaque fabricant choisit des matières différentes en fonction de l'importance qu'il accorde à tel ou tel aspect du problème.
·                                 Ressorts :
Il y a les ressorts plats et les ressorts "aiguilles". Ces derniers sont généralement faits d'aiguilles d'acier achetées en gros. Le premier qui employa les ressorts "aiguilles" pour le fonctionnement des clés du système Boehm est Auguste BUFFET (jeune) de Paris.
La durée et le degré de chauffe pour le trempage des aiguilles est très important. Il faut faire "bleuir" les aiguilles, puis on enlève le chat et on aplatit l'extrémité. Le ressort est prêt pour être cambré et monté sur l'instrument.
·                                 Tampons :
Les tampons sont généralement achetés chez un spécialiste. Le tampon est l'assemblage de ronds de carton et de feutre recouverts d'un morceau de baudruche. Certains fabriquants (Buffet-Crampon par exemple) utilisent une double baudruche. Il existe aussi des tampons en peau.
L'ajustage des tampons est très délicat car de celui-ci dépend le réglage des clés et le bouchage de l'instrument. Le rond sera légèrement chauffé afin que le tampon se place parfaitement à plat. Un petit trou est fait au moyen d'une aiguille dans le tampon afin que la baudruche ne gonfle pas.
·                                 Déchets :
Il y a environ 50% du lot de bois qui est utilisé pour fabriquer les clarinettes professionnelles. Quant au reste, environ 50% pourra être utilisé pour fabriquer les clarinettes d'étude. Il y a donc à peu près 25% de déchets, ce qui peut paraître énorme.
·                                 Essayage :
Lorsque l'instrument est terminé, il est vérifié par un contremaître et un essayeur attitré.
La température du local où ont lieu ces essais est constante (par exemple 20°C). Pour les besoins du marché, les clarinettes sont fabriquées dans plusieurs diapasons allant de 435 à 445 vibrations par seconde (le diapason le plus courant se situant entre 440 et 444).
Lorsque l'instrument est terminé, on en joue pour le tester (homogénéité sonore, émission, timbre, justesse).
L'appareil témoin utilisé est le stroboscope (appareil qui traduit en signaux lumineux la hauteur exacte des sons et qui est sensible à des fractions infinitésimales de comma).
La hauteur de chaque note est instantanément établie avec cet appareil, les déficiences les plus infimes sont repérées bien avant que l'oreille humaine ne les perçoive.
·                                 Cimetière :
Etant donné que l'on procède toujours par tâtonnements pour apporter des améliorations ou pour fabriquer une nouvelle série, de nombreux instruments, sortes de prototypes qui n'ont pas donné le résultat escompté, sont déposés au "cimetière".
·                                 Vente :
Chaque fabriquant a sa conception du marché.
Certains préfèrent limiter leur production à l'instrument professionnel, d'autres se spécialisent dans la production de l'instrument d'étude, d'autres encore poursuivent à la fois les deux politiques commerciales.
·                                 Ame de la clarinette :
Pour les uns, il s'agit de la perce, pour les autres, il s'agit du petit tube placé dans le trou de la clé dite "clé de résonnance" (ou clé de douzième).
Il est plus juste de dire que l'âme de la clarinette est le concept même de la perce.
  • Observations diverses : Les cotations
D'après Robert Carrée, concepteur des clarinettes Buffet depuis 1951, même l'épaisseur de la paroi de l'instrument peut jouer un rôle important.
Il est évidemment difficile de déterminer dans quelle mesure, en changeant l'épaisseur de la paroi, les cotes de la perce devraient également être modifiées. Ne perdons pas de vue que la qualité sonore ainsi que la justesse d'une clarinette se mesurent en centième de mm, voire en microns.
Par exemple, si vous déplacez un trou (de notes) du registre "chalumeau", ne serait-ce que d'un millimètre, bien d'autres emplacements devraient être revus, ainsi que le fraisage intérieur des trous.
Lorsqu'un fabricant construit une nouvelle série (selon les nécessités de l'époque, de la mode, de l'évolution, du genre,...), il crée non seulement une nouvelle perce, mais également une nouvelle clarinette avec de nouvelles cotes.
De tout temps, les améliorations apportées ont été le fruit de tâtonnements, d'essais et d'un dialogue entre les instrumentistes (en particulier l'essayeur principal) et l'ingénieur chargé de la mise au point des instruments. Le professeur LEIPP de Paris a construit une clarinette en partant des lois acoustiques... le résultat n'était pas probant.
Ainsi, un certain empirisme a toujours prévalu dans la construction des instruments à vent.
 
 
 
 
L'Embouchure de la clarinette
L'embouchure de la clarinette est constituée de trois éléments essentiels:
·        La bouche (la position des lèvres).
·        Le bec.
·        L'anche (Fixée au bec au moyen d'une ligature).
Cette association peut être considérée comme un "Moteur" dont les éléments interdépendants doivent être choisis en fonction les uns des autres.
Les Lèvres
 
Position "type":
La lèvre supérieure posée sur le bec devant les incisives,
 
La lèvre inférieure sera posée sur les incisives inférieures (ne pas la rentrer davantage dans la bouche).
On parle beaucoup de pincer et de tendre les lèvres, il vaut beaucoup mieux penser à sourire, ce réflexe amène naturellement les lèvres dans la position voulue. Une position qui doit leur garder toute leur souplesse pour laisser vibrer l'anche sans contrainte.
La position type doit être adaptée à la morphologie de chaque individu de même que la situation de l'instrument par rapport au corps est fonction de la forme du palais, de la bouche et de l'implantation des dents. Il est important de chercher l'angle idéal entre l'instrument et le corps de l'instrumentiste. La sonorité sera meilleure et l'émission plus facile.
Dans l'ensemble, il est souhaitable que l'exécutant se sente à l'aise et bien décontracté de manière à permettre un jeu souple.
Pour que l'anche vibre normalement, elle doit être à l'abri de la température de la pièce, aussi les lèvres de l'exécutant entoureront le bec d'une manière hermétique. S'il n'en était pas ainsi, il en résulterait d'abord une perte de souffle, effort supplémentaire pour le clarinettiste, ensuite de groses déficiences dans la production des sons causées par le contact de l'air ambiant avec la partie vibrante de l'anche.
On joue avec l'anche placée sous le bec, parce que l'expérience a prouvé que cette technique procure :
·        Une plus grande stabilité.
·        Une moins grande fatigue des lèvres.
·        Une plus grande souplesse.
·        Une meilleure justesse (Du moins en partie).
Son de la clarinette et le bec
Le son actuel des clarinettistes est très différent de celui que pouvaient avoir les instrumentistes du XIXème siècle. Les causes d'améliorations résident dans la qualité des instruments et dans les becs et les anches.
La table des becs de cette époque était rigoureusement plane et l'ouverture commençait à la même place que la gorge du bec et augmentait progressivement jusqu'à l'extrémité. Ce genre de table nécessitait des anches fortes. Les nuances douces étaient pratiquement impossibles.
La taille des anches était également différente.
Particularités de quelques becs
Le musée du Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles possède une collection importante de becs de clarinette dont voici quelques pièces :
·        Un bec de clarinette en Si bémol en bois, recouvert entièrement d'une enveloppe de métal.
·        Un bec de clarinette en Si bémol, allemand, marqué GEISLER: il est en bois noir; la partie taillée en biseau opposée à l'anche est recouverte d'une plaque de métal pour empêcher l'action destructrice des dents.
·        Un bec de clarinette en Si bémol en bois, avec toute la partie supérieure en étain. Ce bec, fabriqué par PONFOORT de Rumbeke, avait été offert en 1848 au célèbre clarinettiste Joseph BLAES, alors professeur au Conservatoire.
·        Un bec de clarinette en Mi bémol en métal. La partie inférieure de la table, basculant sur deux vis qui servent de pivot, permet d'éloigner ou de rapprocher l'anche de la partie supérieure, légèrement arquée, contre laquelle elle vibre.
Cet éloignement de l'anche est obtenu par une bride attachée aux côtés de la table et qui se meut par l'action d'une vis placée au dos de l'appareil - Bec Triebert, Paris.
·        Un bec de clarinette en Si bémol en métal. La partie supérieure est fixe, la partie inférieure sur laquelle se trouve la table, bascule sur deux pivots placés aux côtés de la vis, ce qui fait que la partie inférieure de la table peut être portée légèrement en avant ou en arrière au moyen d'une vis placée au dos du bec. Marque C.MAHILLON - Bruxelles - Breveté en 1851.
Dans les deux derniers becs, l'anche est fixée sur la table par un levier basculant entre deux pivots et l'un des bras est commandé par une vis de pression.
Le bec et les matériaux utilisés

Le Bec.

Le bec sera choisi en fonction de trois critères:
·        La conformation de la bouche du clarinettiste.
·        La parfaite adaptation à la colonne d'air de l'instrument (il ne serait pas logique d'associer par exemple, le bec allemand, si différent de la facture française, à une clarinette française ou inversément).
·        La possibilité d'émettre facilement de beaux sons et de les nuancer...
 

Les matériaux utilisés.

Il fut un temps où les becs étaient en bois (notamment en poirier, ensuite en ébène, puis on les construit en cristal(1) ou en ébonite(2), voire même en métal).
Actuellement, malgré la vogue du bec en cristal, nous pouvons affirmer que le bec en ébonite est le plus joué. Cette matière présente le double avantage de se
laisser travailler avec facilité et précision et de subir, sans grande variation, les écarts de température.
Si en théorie, la matière pour construire le bec n'a aucune influence sur la sonorité, la pratique montre que le son obtenu par une clarinette dotée d'un bec en ébonite est plus fin et plus pur que le son produit par la même clarinette munie d'un bec en cristal. Dans ce dernier cas, la sonorité est plus mate et le clarinettiste perd une partie de sa personnalité car, avec le bec en cristal (que nous ne condamnons pas, mais qui reste bien difficile à mouler selon des normes bien définies et qui n'a, de ce fait, qu'un seul modèle), la sonorité des différents clarinettistes se standardise et se ressemble tellement qu'il devient difficile de les distinguer les uns des autres. Toutefois, le problème se pose d'une façon moins aiguë pour les grands interprètes. D'autre part, j'ai ouï dire que le bec en cristal rendrait des services lorsque, d'après certains clarinettistes, on a des problèmes de denture.
(1) En 1859, J.D.Breton construit des becs en métal.
      En 1867, Buffet construit des becs en porcelaine.
(2) Ebonite (1868 de l'anglais Ebony, ébène: substance dure et noire, obtenue par la vulcanisation du caoutchouc mêlé à une proportion variable de soufre.
Fabrication du bec

Fabrication du bec.

Il y a deux sortes de fabrication:
·        Le bec moulé.
·        Le bec tourné.
Dans ce dernier cas, le bec est tourné dans des barres d'ébonite (généralement d'origine allemande) pour être ensuite poli.

Phases successives de la fabrication du bec en ébonite.

1.      Bec brut moulé.
2.      Point de centre.
3.      Mise au diamètre.
4.      Mise à longueur des tenons.
5.      Conicité du bec.
6.      Traçage des trois sillons (repère pour fixer la ligature sur le bec), et logement (sillons) pour faire adhérer le liège qui sera collé sur le tenon (opérations effectuées au tour automatique).
7.      Polissage.
8.      Pré-tablage.
9.      Sciage de la mentonnière (pour enlever l'excédent de matière).
10.  Finition de la mentonnière à la machine, c'est-à-dire arrondi du bout du bec et mise à longueur définitive de celui-ci.
11.  Collage du liège.
12.  Tablage définitif (suivant l'ouverture désirée).
13.  Contrôle de la table.
14.  Marquage.
15.  Contrôle de l'ouverture du bec.
16.  Sonorité.
La ligature ou fixation de l'anche au bec

Divers types de ligatures.

La position des lèvres, le bec et l'anche sont les éléments essentiels de l'embouchure, mais la ligature n'en joue pas moins, elle aussi, un rôle important.
A l'origine, l'anche était fixée au bec au moyen d'un cordon. Ivan MULLER créa, au début du XIXème siècle, le mode de fixation de l'anche avec un anneau (ligature) métallique.
Celle-ci a été utilisée à peu près universellement (excepté en Allemagne où le cordon est encore souvent emplyé). La ligature a le défaut de maintenir l'anche d'une façon très rigide.
Depuis quelques années, d'autres systèmes de ligature ont vu le jour:
·        Ligature métallique avec une plaque qui neutralise l'effet de contrainte des vis, elle donne un son plus riche, semble-t-il.
·        Ligature en platique avec le système de fixation inversé. L'anche est maintenue par quatre hémisphères en matière plastique et elle ne subit plus la contrainte des vis qui se situent sur la partie supérieure du bec. L'utilisation de ce type de ligature amène à une série de constatations qui n'ont, à ma connaissance, pas encore été vérifiées scientifiquement:
o       L'émission est plus facile.
o       Le son a plus d'ampleur et paraît plus riche.
o       Après un certain temps, qui correspond à la durée d'adaptation, le clarinettiste a l'impression que l'anche est trop faible.
o       Le point de rencontre de l'anche et du bec est différent de celui qu'amène la ligature métallique.
o       L'anche doit être choisie selon des critères différents.
Il s'agit d'un système mis au point par une firme américaine.
·        Ligature Donade Daniel, ligature munie de deux rails.
·        Ligature métallique qui se fixe comme la ligature en plastique sus-mentionnée mais qui allie les avantages du cordon à ceux de l'ancienne ligature. Elle a été créée par la firme VANDOREN.
D'autres fabricants encore poursuivent des recherches dans ce domaine.

La fixation de l'anche.

L'anche de la clarinette est maintenue en place sur le bec par un collier, appelé LIGATURE, qui prend appui contre la face bombée de l'anche. Pour assurer le serrage le plus homogène possible, le modèle ci-contre utilise en plus des vis et des alésages filetés, une plaque intercalaire qui devrait garantir une meilleure sonorité à l'instrument. en matière souple, comprend deux parties en forme de bagues fendues comportant sur leur face interne une partie curviligne en saillie apte à entrer en contact avec la partie bombée de l'anche.
La ligature par cordon, à l'ancienne, telle qu'elle est encore en usage dans l'école allemande.

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